Une magistrale formation

Publié le : 15 janvier 2018

Gilles Potvin
Le Devoir
10 novembre 1984

Orchestre de chambre I Musici de Montréal. Premier concert sous la direction de Yuli Turovsky. Solistes : Yuli Turovsky, Alain Aubut, violoncelles. Programmes : Concertino no 2, en sol majeur; Concertino no 4, en fa mineur (Pergolèse), Scherzo (André Prévost), Concerto grosso en si mineur, op 6, no 12 (Handel), Concerto en sol mineur PV 411 (Vivaldi), Symphonie de chambre en do mineur, op 110bis (Chostakovich). À la salle Redpath. Université McGill, jeudi soir.

À plus d’un titre, ce concert doit être considéré comme un véritable événement. Il marquait d’une part les débuts officiels en public d’un ensemble montréalais de 14 instrumentistes à cordes – huit violons, deux altos, deux violoncelles, une contrebasse et un clavecin – constitué il y a tout juste un an et ceci dans le plus grand secret semble-t-il (qui, outre les gens du « milieu » en avait eu vent ?) sous la direction de Yuli Turovsky, violoncelliste d’origine soviétique établi ici depuis 1977 et qui s’adonne surtout à l’enseignement tant au Conservatoire qu’à la faculté de musique de l’Université de Montréal en plus d’être membre du Trio Borodine.

Le plus étonnant de l’affaire, c’est qu’avant même de se présenter en public, l’orchestre peut se vanter d’avoir réalisé trois disques pour une étiquette britannique réputée qui a pour nom Chandos et qui vont paraître incessamment. Le cas est sans doute unique au Canada.

À l’exception d’Eleonora Turovsky, femme de Yuli et membre de l’OSM à titre d’altiste mais qui occupe ici le pupitre de violon solo, et de Geneviève Soly qui assure le continuo au clavecin, les « musici » de Montréal sont de jeunes instrumentistes récemment sortis de nos établissements d’enseignement et qui en sont plus ou moins à leurs débuts professionnels.

Les magnifiques résultats obtenus jeudi et qui seront sans doute encore plus manifestes lors de concerts subséquents (cinq autres concerts sont prévus d’ici la fin de la saison à la salle Pollack) témoignent à la fois de l’excellence de la formation individuelle des musiciens et d’un travail collectif intense et soutenu sous une direction expérimentée. Aidée par une salle très résonnante, la sonorité atteint une puissance considérable sans jamais rien perdre de sa richesse et de sa beauté.

Bref, voilà Montréal doté d’un ensemble de chambre de tout premier ordre, comparable aux meilleures formations de ce genre qui nous visitent depuis la fin de la guerre. Longtemps violoncelle solo du célèbre Orchestre de chambre de Moscou que dirigeait Rudolf Barchaï (récemment nommé à la direction de l’Orchestre symphonique
de Vancouver), Yuli Turovsky possède une connaissance approfondie de ce répertoire particulier et de ses exigences. Sous sa direction, l’orchestre a rendu de façon émouvante les accents déchirant de l’œuvre de Chostakovich, tenant en haleine un public subjugué. On se réjouit de savoir qu’elle figurera sur le premier disque de l’orchestre.

Bravo donc à la nouvelle formation et à son chef !

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